Supramental, conscience supramentale, transformation supramentale, matière supramentale

La Triple Transformation:

 

Quelques réponses de Sri Aurobindo sur le sujet :

 

Il emploie le terme supramental trop à la légère. Ce qu'il décrit comme le supramental est une conscience hautement illuminée; elle reçoit peut-être le contact d'une lumière supramentale modifiée, mais non le plein pouvoir du supramental; en tout cas ce n'est pas le supramental. Il parle d'une partie supramentale qui n'est pas réceptive: c'est impossible; le supramental ne peut pas manquer de réceptivité. Le supramental est, par définition, la Conscience-de-Vérité; il possède déjà la Vérité et n'a même pas besoin de la recevoir. Le mot vijñāna est parfois utilisé pour désigner l'Intelligence hautement illuminée qui est en communication avec la Vérité, et c'est sans doute cette partie de lui-même qu'il a sentie, mais ce n'est pas le supramental. On ne peut pénétrer dans le supramental que tout à la fin de la sâdhanâ, quand toutes les difficultés ont disparu et qu'aucun obstacle ne se dresse plus sur le chemin de la réalisation.

Nouvelles Lumières sur le Yoga, chapitre 1.

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Trois plans:

1. Kârana. 2. Hiranyagarbha. 3. Virât.

Le parallèle établi entre le Vijnâna ou Kârana Jagat de l'Oupanishad, dominé par le Prajnâ et équivalant au Soushoupti, et le monde du Hiranyagarbha équivalant au svapna et au domaine subtil, ne correspond pas tout à fait à ma description du supramental. Mais on pourrait dire que pour le mental normal qui aborde le plan supramental ou y pénètre, il devient un état deSoushoupti. Si l'auteur avait parlé du sommeil supraconscient du supramental — car c'est ainsi que l'état supramental apparaît au mental non transformé, quand il entre en contact avec lui ou l'appréhende, car il tombe inévitablement dans ce sommeil supraconscient — alors cette différence serait rectifiée.

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Ce que vous avez écrit au sujet du supramental est tout à fait juste. Il est vrai qu'ici l'on abuse beaucoup de ce "grand mot", comme si ce qu'il désigne était à la portée de tous. La première chose à réaliser est la transformation psychique et tant qu'elle n'est pas suffisamment avancée, le supramental reste lointain et il est tout à fait inutile d'y penser. Vous avez certainement fait des progrès, mais la transformation de la nature extérieure est toujours lente; vous n'avez donc pas de raison de vous affliger.

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Vous devriez tous comprendre que le supramental vrai et direct ne peut pas venir au début de la sâdhanâ, mais n'apparaît que beaucoup plus tard. Premièrement, il faut ouvrir et illuminer l'être mental, l'être vital et l'être physique; deuxièmement, ouvrir le mental à l'intuition par la volonté, etc., et développer la conscience de l'âme cachée Pour qu'elle remplace progressivement la conscience de surface; troisièmement, supramentaliser l'être mental, l'être vital et l'être physique transformés, et enfin faire descendre le vrai supramental et s'élever au plan supramental.

Tel est l'ordre naturel du yoga. Ces étapes peuvent se chevaucher et s'entremêler, il peut y avoir des variantes, mais les deux dernières ne peuvent apparaître qu'à un stade avancé du progrès. Le Divin supramental guide évidemment notre yoga tout au long, mais il le fait tout d'abord à travers de nombreux plans intermédiaires; et l'on ne peut guère affirmer que ce qui vient dans les premières périodes est directement ou pleinement supramental. Croire qu'il en est ainsi lorsque ce n'est pas le cas peut fort bien faire obstacle au progrès.

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Le psychique, lorsqu'il est suffisamment développé, peut être assez fort pour effectuer le déblayage préliminaire.

Seul le supramental peut transformer l'être matériel, mais le mental physique et le vital physique peuvent être transformés dans une considérable mesure par l'action du psychique et du surmental. La transformation complète ne s'effectue cependant que lorsque l'influence supramentale se fait sentir. Mais pour le moment, on peut faire confiance à la force psychique pour qu'elle effectue la purification préliminaire de la nature inférieure.

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Il faut avoir entendu parler du surmental et du supramental, mais non avoir l'ambition de les atteindre: cela doit être considéré comme un aboutissement naturel de la sâdhanâ qui viendra de lui-même. On doit se concentrer entièrement sur l'étape à franchir dans l'immédiat, sur ce qui est en train de se faire au moment même. Ayez donc en vous le Pouvoir qui agit et laissez-le tout élaborer pas à pas.

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L'action qui s'est produite n'était pas supramentale; le fait que vous étiez conscient d'un centre dans le cerveau montre que c'est par le mental qu'elle se faisait. La force qui agissait était le Pouvoir divin; il agit ainsi sur tous les plans: supramental, mental, vital ou physique, ou sur tous à la fois. On ne peut accéder à l'action supramentale qu'après une longue période de discipline yoguique dirigée vers ce but; cela ne peut pas être une expérience initiale.

Si le mental ne s'attendait à rien de précis, c'est d'autant mieux; s'il s'était attendu à quelque chose, il aurait pu être actif, intervenir et arrêter l'expérience ou l'empêcher d'être pure et complète.

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Dans ce que vous dites de votre sâdhanâ, vous interprétez sans doute correctement vos expériences. Les deux phénomènes dont vous parlez sont en réalité deux aspects d'un seul mouvement. L'ouverture et le déblayage des niveaux inférieurs n'est efficace que dans la mesure où ce supramental relatif ou mentalisé peut s'emparer de la conscience, l'ouvrir au supramental supérieur ou intermédiaire et le faire descendre; et celui-ci à son tour ne peut s'établir dans l'être que dans la mesure où le vital psychique et le physique s'ouvrent, se déblaient et se transforment. Cette interaction doit se poursuivre jusqu'à ce que se crée entre les deux mouvements un certain équilibre qui permettra au plus élevé de posséder l'être sans interruption et de l'ouvrir de plus en plus aux vraies activités supramentales. L'action dans laquelle vous avez été projeté était sans doute nécessaire, parce que c'est dans la partie dynamique de votre être que les défauts de la nature inférieure ont le plus d'emprise et sont le plus saillants.

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La question s'est posée et se pose toujours en raison d'une avidité du vital qui prend chaque étape marquée par une expérience puissante pour le stade final et même pour le surmental, le supramental, l'ultime siddhi. Ni le supramental, ni le surmental ne sont si faciles à atteindre, même sous le seul aspect de la Connaissance ou de l'expérience intérieure. Votre expérience appartient au mental spiritualisé et libéré. À ce stade, des communications peuvent venir des niveaux du mental supérieur, mais elles sont simplement des expériences isolées et non une transformation complète de la conscience. Le supramental ne fait pas partie du mental, il n'est pas un niveau supérieur du mental; c'est quelque chose de complètement différent. Aucun sâdhak ne peut atteindre le supramental par ses propres efforts; les efforts déployés à cette fin par unetapasyâ personnelle ont été la source de nombreuses mésaventures. On doit aller tranquillement, étape par étape, jusqu'à ce que l'être soit prêt, et même alors, seule la Grâce peut apporter la vraie transformation supramentale.

Nouvelles Lumières sur le Yoga, chapitre 1.

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La porte du supramental ne peut pas être enfoncée de cette façon. Il faut travailler systématiquement à préparer l'Âdhâr, à le transformer et à le rendre capable de recevoir la Descente supramentale. Il y a plusieurs pouvoirs entre le mental ordinaire et le supramental, et ceux-ci doivent s'ouvrir et être absorbés par la conscience; la transformation supramentale ne peut pas se faire autrement.

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Parler de "recevoir du supramental le pouvoir quand on n'est pas conscient" est bizarre. Même si l'on n'est pas conscient, on peut recevoir une force supérieure: la Shakti divine agit souvent de derrière le voile, sinon, dans l'état d'ignorance et d'inconscience où se trouve l'être humain, elle ne pourrait pas agir du tout. Mais la nature de sa force ou de son action se modifie pour s'adapter à l'état du sâdhak. Il faut avoir acquis une conscience très complète avant d'être capable de recevoir directement quoi que ce soit du Pouvoir supramental, et il faut avoir beaucoup avancé dans la conscience pour en recevoir même quelque chose qui a été modifié par son passage à travers le surmental ou une autre région intermédiaire.

Nouvelles Lumières sur le Yoga, chapitre 1.

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Il est très peu sage pour quiconque de prétendre prématurément posséder le Supramental ou même en avoir un avant-goût. Cette prétention s'accompagne généralement d'un débordement de super-égoïsme, d'une erreur de perception radicale ou d'une chute grossière, d'une condition fausse et d'un mouvement faux. Une certaine humilité spirituelle, une vue de soi sérieuse et sans arrogance, une perception tranquille des imperfections de sa nature présente, et au lieu d'amour-propre et d'affirmation de soi-même, le sens de la nécessité de dépasser son moi actuel, non par ambition égoïste mais par élan vers le Divin, seraient, il me semble, pour ce fragile agglomérat humain et terrestre, des conditions bien meilleures pour avancer vers la transformation supramentale.

Les Bases du Yoga, chapitre 6. Traduction de la Mère.

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Il faut avoir déjà accédé à la conscience intuitive pour savoir ce que sont le surmental et le supramental. En décrire des "signes" est inutile, car le mental ne pourrait que se tromper en essayant de juger par les "signes"; il faut devenir conscient au-dedans et avoir la connaissance directe.

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Qui vous a dit que le supramental descendait dans la conscience physique sans toucher le mental et le vital?

Il est certain qu'aucune partie de la nature n'a été supramentalisée; c'est impossible tant que tout l'être ne s'est pas placé sous l'influence supramentale. L'influence supramentale doit venir d'abord, la transformation ne peut venir qu'ensuite.

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Un contact ou une influence du supramental n'est pas la supramentalisation. Il est tout à fait absurde d'imaginer que le physique puisse être supramentalisé avant le mental et le vital. Ce que j'ai dit, c'est que le mental et le vital ne pouvaient pas être supramentalisés tant que le physique demeurait tel quel, n'ayant pas été touché par la descente supramentale.

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Non; ce n'est pas du tout cela que j'ai dit. Il est tout à fait impossible que le supramental prenne possession du corps avant que la transformation supramentale du mental et du vital soit complète. X et d'autres semblent toujours s'attendre à une sorte de miracle inintelligible: ils ne comprennent pas que ce qui doit se produire, c'est une évolution concentrée et rapide, mais conforme à la loi de la création. Un miracle peut être la merveille d'un instant. Seule une transformation conforme à la Loi divine peut être durable.

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On ne peut pas faire descendre le supramental dans le mental et le vital sans le faire descendre dans le physique; on peut sentir son influence ou en recevoir quelque chose, mais le faire descendre, c'est beaucoup plus que cela.

Le supramental est un tout lumineux, ce n'est pas un mélange de lumière et d'ignorance. Si le mental physique n'est pas supramentalisé, le contenu du mental sera mêlé d'ignorance, mais alors ce ne sera pas le supramental, ce sera autre chose; de même pour le vital. Ce qui peut se manifester séparément dans le mental, c'est un surmental partiellement supramentalisé.

Si le supramental peut demeurer dans le mental et le vital, alors il doit demeurer aussi dans le physique. S'il ne demeure pas dans le physique, il ne peut pas non plus demeurer dans le mental et le vital; ce sera autre chose, non le supramental.

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Ce n'est guère possible. La conscience corporelle est là et on ne peut la négliger, on ne peut donc ni transformer complètement les parties supérieures en laissant de côté le corps pour s'en occuper plus tard, ni en terminer avec chaque étape dans toutes ses parties avant d'aborder la suivante. J'ai essayé cette méthode, mais ça n'a jamais marché. Lorsqu'on se surmentalise, par exemple, le premier pas consiste à surmentaliser le mental et le vital, mais dans la conscience corporelle tous les mouvements inférieurs ne se surmentalisent pas et jusqu'à ce qu'ils puissent être hissés au niveau surmental, il n'y a pas de perfection surmentale, la conscience corporelle introduit toujours des failles et des limitations. Afin de parfaire le surmental, on doit faire entrer la force supramentale et c'est seulement quand le surmental a été partiellement supramentalisé que le corps commence à devenir de plus en plus surmental. Je ne vois aucun moyen d'éviter ce processus, bien qu'il soit à l'origine de la longueur du chemin.

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Lorsqu'une force supérieure descend dans un plan inférieur, elle diminue et se modifie sous l'effet de la substance inférieure, du pouvoir moins grand et des mouvements plus mélangés de ce plan inférieur. Ainsi, lorsque le Pouvoir surmental agit par l'intermédiaire du mental illuminé, une partie seulement de sa vérité et de sa liberté se manifeste et devient efficace, mais seulement dans la mesure de ce qui a pu filtrer à travers cette conscience moins réceptive. Et même ce qui filtre est moins vrai, se mêle à une autre substance, est moins surmental, plus facilement modifié en quelque chose qui est en partie vérité et en partie erreur. Quand cette force indirecte et affaiblie descend plus bas dans le mental et le vital, elle contient encore quelque chose de la Vérité créatrice du surmental, mais elle est fâcheusement mêlée à des formations mentales et vitales qui la défigurent, réduisent de moitié son efficacité et même parfois la rendent totalement inefficace.

Nouvelles Lumières sur le Yoga, chapitre IV.

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Tant que le physique n'est pas prêt, le supramental ne peut pas conquérir les autres plans; il peut tout au plus les influencer.

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Comment serait-il possible de porter le mental et le vital à la perfection sans que le physique y soit préparé? Car le physique mental et le physique vital existent, et tant qu'ils ne sont pas prêts, on ne peut pas dire que le mental et le vital ont été parfaitement préparés.

 

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